mardi 20 mars 2012

La droite et la gauche expliquées à ma fille

A première vue, ça semble s'éloigner de notre sujet, mais en fait pas tant que ça. Le blog hiberne, pas ses auteurs !





mardi 28 juin 2011

Carrefour et l'intérêt social de l'entreprise : notre tribune dans Le Monde


Le Monde a publié le 27 juin un court texte sur deux notions qui nous sont chères : la théorie de la valeur actionnariale et l'intérêt social de l'entreprise. Un article beaucoup plus conséquent est en préparation, autour du cas Dodge v. Ford (Michigan, 1919), revenant de façon également plus détaillée sur la jurisprudence Fruehauf dont il est question dans notre papier.

mardi 7 juin 2011

Quelques liens à ne pas rater

A défaut de billet, voici un peu de lecture à ne pas négliger.

Tout d'abord le blog de Jean-Philippe Robé, sur lequel on peut télécharger son excellent "Que sais-je ?" sur l'entreprise et le droit. Il est dans la liste des blogs, et accessible ici.

A lire également, l'article de Philippe Escande dans les Echos, sur les travaux menés au Collège des Bernardins sur le thème "L'Entreprise, formes de la propriété et responsabilités sociales". La version du texte présentée sur le blog de Ph. Escande est bien meilleure, et les commentaires sont excellents (dont ceux de QuadragesimoAnno, qui n'est autre que JP Robé, si j'ai bien compris).

lundi 4 avril 2011

A l'école de l'évaluation

Comme son nom de l’indique pas, Kurt Vonnegut est un auteur américain. Comme sa biographie le précise, ses liens avec l’Allemagne sont profonds. Immigré de la troisième génération né à Indianapolis en 1922, il est un des rares rescapés de la boucherie de Dresde, ville bombardée par les alliés alors que lui-même est réfugié avec 7 autres soldats américains dans un abattoir.

Dessin de Kurt Vonnegut
Quand j’ai fait l’acquisition du recueil de nouvelles publiées sous le titre « le petit oiseau va sortir » en février 2011, j’imaginais surtout découvrir ce sens de l’absurde et cet univers onirique qui ont fait la réputation de Vonnegut en tant que pilier de la contre-culture américaine. J’aurai du me souvenir que, souvent, celui qui excelle dans l’art de la nouvelle et de la satire sociale excelle aussi dans l’art de poser des questions fondamentales. Celle de la valeur d’un homme en est une.

Comment dire si un individu est un génie ou un idiot ? Comment peut-on l’évaluer ? Qu’évalue t-on exactement ? Et si l’on y parvient, quelles en sont les conséquences ?

samedi 23 octobre 2010

Trompe l'oeil et vraisemblances

Le dernier livre de Fabrice Humbert, « La fortune de Sila », a pour toile de fond la financiarisation de l’économie et la mise en place des mécanismes qui conduiront à la crise des Subprimes. Ce n'est pourtant pas ce qui retient en premier l'attention. Tous les résumés qui en sont fait privilégient d'abord la scène qui ouvre le roman. Dans un grand restaurant parisien, en 1995, un serveur africain se fait violemment agresser par un client et aucun témoin de l’altercation ne bronche. Quelque soit leur nationalité (américain, français, russe), leur profession (trader, homme d’affaire, universitaire), leur âge, chacun manifeste soit de l’indifférence soit de la stupeur, attitudes dont il ne résultera qu’une inaction coupable, unanime.

Cette survenance de la violence gratuite dans un contexte feutré et devant des individus ordinaires est tout à fait vraisemblable. Et spontanément, on s'interroge sur la véracité de l’anecdote. Décrit-elle une situation réelle, un fait divers, une scène dont l’auteur aurait été témoin ?

Cette interrogation un peu naïve en contient une autre, plus complexe : pourquoi le statut de témoin mieux que celui de romancier rendrait-il l'histoire plus "vraie"?

dimanche 17 octobre 2010

Entreprise et actionnaires : histoire d'un malentendu

C’est le genre de question qui vous fait immédiatement passer pour un naïf. De celles que les gens raisonnables ne se posent pas, mais avec laquelle Armand Hatchuel a pourtant décidé de clore une de ses dernières chroniques dans Le Monde : comment en est-on venu à penser, à codifier et à enseigner que l’entreprise n’est rien d’autre qu’un ensemble de « facteurs » au service exclusif des actionnaires ?

Quand on nous tend une perche de cette taille, difficile de résister !

Difficile aussi de ne pas y voir cette question sous-jacente : comment s’est-elle retrouvé dotée d’un objectif unique et exclusif, maximiser le profit ?

Bien sûr, on est en droit de penser que ça ne mérite pas un débat. D'une part parce qu'une entreprise qui ne ferait durablement aucun profit est condamnée à disparaître, d'autre part  parce que ce sont les actionnaires qui décident de sa répartition.

Mais il faut se méfier des évidences : ce que l'on considère comme naturel est en réalité souvent le fruit de l’histoire, et c'est ce que nous voudrions montrer ici, en reprenant pour l'essentiel les thèses de Pierre Manent et Pierre Rosanvallon, brillamment reprises par Jean-Philippe Robé (réferences à venir dans la partie bibliographie dès qu'on a le temps de s'y mettre !).

Cette conception moderne, clairement utilitariste, de l’entreprise trouve son origine dans deux disciplines : l’économie et le droit, qui ont en commun de nier la dimension politique, donc collective, de l’entreprise. L’une l'a fait pour des raisons théoriques, l’autre pour des raisons historiques.

En économie, l’idée d’une main invisible constitue encore aujourd’hui la matrice de notre compréhension des mécanismes économiques. Le principe est connu et relativement simple : sous certaines conditions de libre entreprise, de concurrence et de respect du droit de propriété, c’est en poursuivant ses intérêts particuliers que chacun contribue sans le vouloir à l’intérêt commun, pour la prospérité du plus grand nombre.

Ce principe admis par tous, mais initialement réservé aux individus, a de facto été étendu aux entreprises. Pour reprendre la formule célèbre d’Adam Smith, de la même façon qu’on ne saurait attendre notre dîner de la bienveillance du boucher, on ne saurait attendre de l’entreprise autre chose que la défense de ses intérêts, lesquels consistent à maximiser son profit.

Cette généralisation rendant la modélisation économique possible, elle s’est logiquement imposée. Ce faisant, on commet pourtant deux erreurs. La première est d’assimiler l’entreprise à un individu alors qu’elle est à l’évidence une entité collective. La seconde consiste à la doter d’un système de préférences simplifié à l’extrême puisque réduit à une seule finalité. L’entreprise n’a qu’un seul but : maximiser son profit, qui revient « de droit » aux actionnaires.

dimanche 26 septembre 2010

Oui-Oui entrepreneur et les anges méchants

C’est l’affaire qui secoue la blogosphère entrepreneuriale : « AngelGate ». Comme le scandale du Watergate, mais avec des anges. Au départ, il s’agit d’un dîner réunissant début septembre quelques uns des plus gros business angels de la Silicon Valley, ceux qu’on appelle les « super angels ». Michael Arrington, le rédacteur en chef de Techcrunch, raconte qu’il avait décidé de se rendre à ce rendez-vous, bien qu’il n’y soit pas invité. Il faut dire qu’il connait la plupart des convives, qui sont souvent ses amis. Ou du moins l’étaient, car son récit sur le blog le plus lu du secteur a depuis fait l’effet d’une bombe.

En arrivant sur place, il réalise en effet qu’il n’est pas le bienvenu. Il n'en comprend la raison que le lendemain, quand l’un des participants lui raconte l’ordre du jour. C’est un véritable Yalta des business angels qu’il a interrompu. Ces investisseurs sont en train de s’entendre pour maintenir le plus bas possible les valorisations des start-up, refuser les obligations convertibles dans les deals, et limiter l’influence du dispositif Y Combinator de Paul Graham, qui rencontre un grand succès en étant particulièrement favorable aux entrepreneurs.

Ce genre de pratique anticoncurrentielle est évidemment illégale. Le financement des entreprises innovantes constitue un marché, sur lequel les ententes sont interdites. Or c’est bien de cela dont il s’agit. Arrington dénonce des pratiques susceptibles de fausser le rapport de force entre les entrepreneurs et les VC, et il a raison.

Mais au-delà de cet aspect, la Silicon Valley et le monde de l’entrepreneuriat high-tech sont particulièrement choqués.

C’est que le récit d’Arrington révèle visiblement une profonde désillusion. La côte ouest n’est pas Wall Street, et les entrepreneurs comme les capital-risqueurs s’identifient volontiers à des héros positifs, à l’opposé des golden boys de Goldman Sachs. Si on voulait être méchant, on dirait que la culture californienne dominante est un mélange de geek attitude et de « Oui-Oui entrepreneur ». Que les VC de la valley, dont certains sont considérés comme des demi-dieux par les entrepreneurs du monde entier, agissent comme de vulgaires boutiquiers est un vrai séisme. A tel point que certains ne croient pas à l’histoire et crient à la machination.

Il aurait fallu se méfier des mots bien plus tôt. Considérer les financiers comme des anges n’était pas sans risque. Les entrepreneurs-investisseurs, ou investisseurs particuliers, comme on devrait les nommer, ne méritaient sans doute ni cet excès d’honneur, ni la boue dont on veut les couvrir aujourd’hui.

Ce n’est jamais que le syndrome de l’économie bisounours qui frappe encore une fois et c’est exactement l’écueil que nous voudrions éviter dans notre propos sur les finalités de l’entreprise.