lundi 22 février 2010

« Qu’est-ce qu’un dispositif ? » de Giorgio Agamben

Ce petit livre, récemment publié dans la collection « rivages poche/petite bibliothèque », attire de prime abord pour deux choses : sa couverture sur laquelle figure un téléphone portable dessiné façon Leonard de Vinci (en moins inventif mais même couleur sépia et mêmes lignes de fuites) et son petit nombre de pages (49 écrites en police 14..). A lire le temps d’un trajet en train à la place du magazine gratuit du TGV, a priori moins porté sur les questions philosophiques.

Qu’un philosophe spécialiste de l’histoire des concepts s’intéresse au « dispositif », mot clé dans notre définition du jeu (et de l’entreprise) a bien entendu été la véritable raison de cette acquisition raisonnable (5€). Où j’apprends de surcroit que Giorgio Agamben est un lecteur assidu de Foucault, auteur qui a eu son importance dans notre cheminement (« naissance de la biopolitique », objet d’un prochain billet). Passé ce faisceau de coïncidences ou de bons signes, j’espère trouver dans ce petit bouquin de poche une définition facile à emporter. Au passage, j’ai trouvé très vexant que certains lecteurs le qualifient de « clair et facile », voire « sans difficulté, à la portée de tous ». Ce n’est quand même pas le dernier Marc Levy !


La leçon (car c’est à cela que ça ressemble) d’Agamben se décompose en 10 points soigneusement numérotés : 5 consacrés à l’histoire et aux racines du concept, 5 à une interprétation personnelle des dispositifs modernes, principalement des objets techniques, source de désubjectivation (du téléphone portable à l’ordinateur, l’Ipad n’étant pas encore sorti en 2007..)

C’est le parcours philosophique (Foucault, Hegel, le droit romain, la théologie) qui m’a fourni ce que je cherchais et c’est sans scrupule que j’abandonne ici les 5 points suivants qui, de l’aveu même de l’auteur, se situent dans un autre « contexte », à savoir toute la problématique devenue classique en sociologie des réseaux du rôle des objets dans la coordination (ou l’aliénation pour Agamben) des acteurs – Ceux qui connaissent les travaux de Bruno Latour et Michel Callon seront en terrain connu.

28 pages restantes donc. Mais denses.

Et une définition au final : le dispositif renvoie à « un ensemble de praxis, de savoirs, de mesures, d’institutions dont le but est de gérer, de gouverner, de contrôler et d’orienter – en un sens qui se veut utile – les comportements, les gestes et les pensées des hommes » (p28 donc..)

L’individu, être vivant, ne devient sujet que dans sa relation avec les dispositifs : il devient internaute, écolier, sujet juridique, prisonnier, amateur d’art….sans que chaque identité soit exclusive des autres d’ailleurs.

De Foucault, Agamben retient l’inscription du dispositif dans les jeux de pouvoir et de savoir ; de Hegel, la double nature de ces dispositifs historiques qui contraignent l’individu de l’extérieur et sont en même temps intériorisés par tout un chacun; et enfin de la pratique grecque puis chrétienne, l’idée que les dispositifs (oekonomia en grec..) sont utiles et naissent pour faire face à un problème ou une situation particulière.

A l’issue de cette étude terminologique, je dispose donc de plusieurs pistes de réflexion : le dispositif ne se limite pas à une institution, il n’est pas un principe abstrait (comme le serait l’Etat, la Loi..) mais se forme de façon stratégique au sein d’un rapport de forces donné, constitue à la fois une contrainte et une ressource pour l’action, survit à l’intentionnalité et à la vision qui a présidé à sa mise en place.

C’est pas si mal pour commencer...

J’aurais bien aimé continuer à vous parler du « dispositif foucaldien » et de cet extraordinaire concept nommé le « Panopticon » initialement créé par Bentham (oui, l’utilitariste)..mais on a beau être « off Topic », là, c’est vraiment trop éloigné de notre sujet, on m’a dit. (mais j’arriverai à le caser, plus tard !)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

http://www.bloom0101.org/dispositifs.pdf

Anonyme a dit…

Pour ne pas abandonner le projet de continuer à creuser du côté Foucault, jetez une oreille à La voix de Deleuze en ligne, les premières conférences feront écho aux préoccupations rencontrées ici !
Merci pour votre billet, j'investis donc les 5€ en espérant de tout coeur ne pas perdre au fil de cette future lecture le fil de ce que je cherchais moi-même !
Vie de thésarde donc de mon côté aussi, il va sans dire !
Bien à vous,

Fanny

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