jeudi 29 juillet 2010

Le management paresseux

Je croyais ce livre tellement « off topic » que, malgré son immense intérêt historique (un demi-siècle de l’histoire allemande à partir de 1920 en gros) et les questions fondamentales qu’on ne manque pas de se poser à sa lecture (est-on forcément soit bourreau soit héros? qu’est-ce que résister? Un peuple est-il responsable de son histoire?..), il ne devait a priori pas trouver sa place ici.

Pourtant, au fil des pages, le baron et général allemand Kurt von Hammerstein-Equord, sujet central du dernier livre de Hans Magnus Enzensberger se révèle être une figure assez originale du dirigeant qui complète nos billets précédents sur le commandement et la logique militaire.

Revendiquant une « paresse productive » et un désintérêt pour le travail de détail, il jugeait les compétences de ses officiers de façon très tranchée :
" Ich unterscheide vier Arten. Es gibt kluge, fleißige, dumme und faule Offiziere. Meist treffen zwei Eigenschaften zusammen. Die einen sind klug und fleißig, die müssen in den Generalstab. Die nächsten sind dumm und faul; sie machen in jeder Armee 90% aus und sind für Routineaufgaben geeignet. Wer klug ist und gleichzeitig faul, qualifiziert sich für die höchsten Führungsaufgaben, denn er bringt die geistige Klarheit und die Nervenstärke für schwere Entscheidungen mit. Hüten muss man sich vor dem, der gleichzeitig dumm und fleißig ist; dem darf man keine Verantwortung übertragen, denn er wird immer nur Unheil anrichten.”

Pour les lecteurs qui n’ont pas fait allemand première langue ou ceux qui ne comprennent que Helmut Fritz, voici la traduction que vous trouverez dans le livre :
« Je distingue quatre espèces. Il ya les officiers intelligents, les travailleurs, les sots et les paresseux. Généralement ces qualités vont par deux. Les uns sont intelligents et travailleurs, ceux-là doivent aller à l’état-major. Les suivants sont sots et paresseux. Ils constituent 90% de toute armée et sont aptes aux tâches de routine. Celui qui est intelligent et en même temps paresseux se qualifie pour les plus hautes tâches de commandement car il y apportera la clarté intellectuelle et la force nerveuse de prendre les décisions difficiles. Il faut prendre garde à qui est sot et travailleur, car il ne provoquera jamais que des désastres » (p.81)
Que ceux qui n’ont pas souri en lisant, m’écrivent…ou alors ils ne travaillent pas en entreprise et je comprends mieux.

La pirouette de l’histoire, soulignée par Enzensberger, est que cette typologie fut reprise, en pleine guerre, par un officier américain détaché à un commandement secret britannique et qui placarda sur le mur de son bureau :
 « I divide my officers into four classes; the clever, the lazy, the industrious, and the stupid. Most often two of these qualities come together. The officers who are clever and industrious are fitted for the highest staff appointments. Those who are stupid and lazy make up around 90% of every army in the world, and they can be used for routine work. The man who is clever and lazy however is for the very highest command; he has the temperament and nerves to deal with all situations. But whoever is stupid and industrious is a menace and must be removed immediately”

Certains principes du commandement seraient-ils universels et..atemporels ?

Hammerstein ou l’intransigeance – Une histoire allemande – H.M Enzensberger - Galimard- 363p

1 commentaire:

Jean-Noël Contensou a dit…

Beaucoup d'entreprises ont bien compris que les vertus des militaires pouvaient leur être précieuses. Quelle est la proportion des DRH qui sont d'anciens officiers ? Un nombre de deux chiffres sans doute.

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