dimanche 26 septembre 2010

Oui-Oui entrepreneur et les anges méchants

C’est l’affaire qui secoue la blogosphère entrepreneuriale : « AngelGate ». Comme le scandale du Watergate, mais avec des anges. Au départ, il s’agit d’un dîner réunissant début septembre quelques uns des plus gros business angels de la Silicon Valley, ceux qu’on appelle les « super angels ». Michael Arrington, le rédacteur en chef de Techcrunch, raconte qu’il avait décidé de se rendre à ce rendez-vous, bien qu’il n’y soit pas invité. Il faut dire qu’il connait la plupart des convives, qui sont souvent ses amis. Ou du moins l’étaient, car son récit sur le blog le plus lu du secteur a depuis fait l’effet d’une bombe.

En arrivant sur place, il réalise en effet qu’il n’est pas le bienvenu. Il n'en comprend la raison que le lendemain, quand l’un des participants lui raconte l’ordre du jour. C’est un véritable Yalta des business angels qu’il a interrompu. Ces investisseurs sont en train de s’entendre pour maintenir le plus bas possible les valorisations des start-up, refuser les obligations convertibles dans les deals, et limiter l’influence du dispositif Y Combinator de Paul Graham, qui rencontre un grand succès en étant particulièrement favorable aux entrepreneurs.

Ce genre de pratique anticoncurrentielle est évidemment illégale. Le financement des entreprises innovantes constitue un marché, sur lequel les ententes sont interdites. Or c’est bien de cela dont il s’agit. Arrington dénonce des pratiques susceptibles de fausser le rapport de force entre les entrepreneurs et les VC, et il a raison.

Mais au-delà de cet aspect, la Silicon Valley et le monde de l’entrepreneuriat high-tech sont particulièrement choqués.

C’est que le récit d’Arrington révèle visiblement une profonde désillusion. La côte ouest n’est pas Wall Street, et les entrepreneurs comme les capital-risqueurs s’identifient volontiers à des héros positifs, à l’opposé des golden boys de Goldman Sachs. Si on voulait être méchant, on dirait que la culture californienne dominante est un mélange de geek attitude et de « Oui-Oui entrepreneur ». Que les VC de la valley, dont certains sont considérés comme des demi-dieux par les entrepreneurs du monde entier, agissent comme de vulgaires boutiquiers est un vrai séisme. A tel point que certains ne croient pas à l’histoire et crient à la machination.

Il aurait fallu se méfier des mots bien plus tôt. Considérer les financiers comme des anges n’était pas sans risque. Les entrepreneurs-investisseurs, ou investisseurs particuliers, comme on devrait les nommer, ne méritaient sans doute ni cet excès d’honneur, ni la boue dont on veut les couvrir aujourd’hui.

Ce n’est jamais que le syndrome de l’économie bisounours qui frappe encore une fois et c’est exactement l’écueil que nous voudrions éviter dans notre propos sur les finalités de l’entreprise.

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